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Les beaux seins sont toujours en vogue, les poses de prothèses mammaires, de plus en plus nombreuses. 30.000 femmes sont, en France, porteuses d'implants mammaires. Une augmentation d'environ 800% par rapport au début des années 1990, aux Etats-Unis.

Les prothèses ne datent pas d’hier. En 1895, Vincenz Czerny (1), chirurgien allemand, fondateur de l’institut de recherche du cancer à Heidelberg devint le « père de la chirurgie esthétique du sein ». Il publia la première description de la pose d'un implant mammaire qu'il avait effectué, en déplaçant un lipome bénin lombaire pour « éviter l'asymétrie » après avoir éliminé une tumeur du sein chez une patiente. Cette technique est vite abandonnée car l'auto-transplant graisseux est source de fréquentes complications.

En 1890, le chirurgien autrichien Robert Gersuny – 1844-1924- expérimente une augmentation mammaire avec des injections de paraffine, ce qui entraîne des réactions d'inflammation désastreuses.

A partir des années 1950, le silicone fait faire des folies au Japon. On raconte même que les prostituées japonaises se seraient directement injectées de la silicone liquide industrielle dans les seins afin de plaire aux GI américains ! Lana Turner et Ava Gardner, poussent à un nouveau look de pin-up aux gros seins et les femmes voulaient ce qu'elles n’avaient pas. Les chirurgiens expérimentent sans succès, en implantant des cousins de polyuréthane, de gélatine comme Surgifoam et Ivalon - plus connus sous le nom d' "éponges", des boules d'ivoire, de verre, de la laine et du cartilage de bœuf.. L'imagination est au pouvoir!

                     

La technique des implants en silicone devient populaire et se diffuse aux États-Unis : Des plasticiens de Houston, Thomas Cronin qui eut l’idée d’un sac en silicone en voyant en salle d’opération une poche de sang et Frank Gerow développent la première prothèse mammaire en silicone encapsulé avec la collaboration de la Dow Corning Corporation -pionnier dans le développement de silicone comme un lubrifiant moteur !- en 1961. La première pose de ce type d'implant remonte à 1962 et connaît un grand succès, le gel de silicone résistant au choc et donnant au sein une consistance naturelle. En 1965, la société française des Laboratoires Arion développe et fabrique, grâce au chirurgien français Henri Arion, le premier implant gonflable constitué d'une poche en élastomère de silicone remplie, après l'introduction du ballon dans la poitrine, de sérum physiologique. Mais, ils sont jugés moins performants car moins naturels. De 1995 à 2001 en France, seuls les implants contenant du sérum physiologique étaient autorisés.

Depuis lors, l’innocuité du silicone est périodiquement remise en question. Les études épidémiologiques ont balayé les soupçons d’augmentation du risque de cancer du sein mais subsiste celui du retard de diagnostic. Qu’ils soient en silicone ou remplis de sérum physiologique, les implants sont radio-opaques. Des techniques radiographiques particulières ont été mises en place pour augmenter la visibilité des mammographies, mais un tiers du sein environ n’est pas parfaitement visualisé ! Plus précisément, les implants placés sous les glandes mammaires -placement sous-glandulaire-, en raison de leur proximité avec le tissu mammaire, sont soupçonnés d'entraver la visualisation mammographique du sein plus que ceux avec placement sous-pectoral.

                  

Une équipe canadienne du centre de recherche du CHU de Québec, Hôpital du Saint-Sacrement, a réalisé deux méta-analyses pour examiner le lien entre la présence d’implants mammaires et un éventuel retard au diagnostic de cancer du sein dont les résultats ont été publiés le 30 Avril 2013 dans le BJM. Selon les auteurs, les résultats ne sont pas statistiquement significatifs, mais il existerait  tout de même une tendance à une augmentation du risque de diagnostic de cancer à un stade non localisé chez les femmes porteuses de prothèses mammaires et également qu’en cas de découverte de cancer du sein, la présence d’une prothèse impacterait la survie, avec une augmentation de la mortalité spécifique de 38 %. Des études complémentaires sont à réaliser, même si ses résultats sont à observer avec précaution, les sujets ayant été mal randomisés. Cependant, ils proposent l’IRM pour les mammographies pour pallier à ces risques. A suivre..

Sources: Breast cancer detection and survival among women with cosmetic breast implants: systematic review and meta-analysis of observational studies- Eric Lavigne, épidémiologiste , Eric J Holowaty, professeur auxiliaire ,Sai YiPan, épidémiologiste 2 , Paul J Villeneuve, directeur de recherche  , Kenneth CJohnson, professeur auxiliaire , Dean Fergusson, scientifique principal et directeur, Howard Morrison, directrice , Jacques Brisson, professeur titulaire  

 

Photographies: Monica Beluci à Cannes le 18 mai 2013 Anne Hathaway Oscars 2013 © Sipa- Vincent Czerny-

Les prothèses mammaires influent sur le diagnostic précoce de cancer du sein

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