Lundi 2 avril 2012
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17:40
La campagne publicitaire de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) me choque. La mort est -elle la
seule solution à proposer aux personnes gravement malades? Etait-il décent d'interpeller avec ces images- choc ? L'euthanasie et l'assistance au suicide font toujours le buzz. C'est un autre
débat..
Les Pays-Bas et la Belgique ont été les premiers pays au monde à légaliser l'euthanasie en 2002. L'euthanasie est autorisée lorsque le patient en fait la demande en pleine possession de ses moyens mentaux et subit des souffrances
"insupportables et interminables" dues à une maladie incurable. La majorité des 3.136 malades euthanasiés en 2010 aux Pays-Bas étaient atteints de cancer. Environ 80% d'entre eux choisissent de
mourir à leur domicile. En Belgique, en 2011, 1.133 cas d'euthanasie ont été répertoriés, soit 1% des décès, selon la Commission de contrôle et d'évaluation de l'euthanasie.
Ethymologiquement, "euthanos" signifie la "bonne mort". Au sens moderne du terme, l'euthanasie signifie : provoquer ou hâter la
mort pour abréger les souffrances .
Ce sujet passionne aussi aux antipodes : « L’euthanasie et l’assistance au suicide constituent peut-être aujourd’hui
les questions les plus âprement débattues dans l’éthique médicale » explique ainsi Leo Sher (2) dans un éditorial de l’Australian & New Zealand
Journal of Psychiatry. L’auteur évoque les connotations psychiatriques de la volonté suicidaire : « 90 % des
suicides accomplis et la plupart des tentatives sont en rapport avec une maladie mentale. » Ce contexte psychopathologique (souvent méconnu) empêche de banaliser la demande d’«
assistance » au suicide, car il n’est pas certain qu’en la formulant, l’intéressé conserve vraiment l’intégrité de son jugement.
La dépression est le problème le plus fréquemment incriminé. « Un tiers des cancéreux (en phase terminale) souffrent aussi
d’une dépression majeure, 20 % d’un délire, et la moitié de troubles anxio-dépressifs. » Et pour Leo Sher, les patients souhaitant mourir lors d’une maladie grave ou en phase terminale «
ont généralement une dépression pouvant être traitée. »
De plus, il ne faut pas méconnaître la fréquence du « trouble de stress post-traumatique chez les personnes très
malades », ni les liens possibles entre des maladies mentales et la perception de la douleur : ces pathologies peuvent comporter des « altérations du processus algique » où des
douleurs chroniques peuvent affecter le « fonctionnement émotionnel et neurocognitif. »
Il faut admettre et envisager qu'une demande d’assistance au suicide puisse être « un appel à l’aide et un signe de
dépression. » Il faut l’interpréter comme une incitation à trouver des « solutions de rechange positives pour des problèmes réels et difficiles. »
Un autre aspect sous évalué de la promotion à l’euthanasie illustrant l’aphorisme « l’enfer est pavé de
bonnes intentions (1)» : le refus de prolonger un « acharnement thérapeutique » pour des raisons matérielles. Ce risque est «
considérable » et beaucoup plus élevé « dans les pays légalisant l’euthanasie ou le suicide assisté : gouvernements et compagnies d’assurance-maladie peuvent faire pression sur les
médecins et les administrateurs d’hôpitaux pour limiter » (les dépenses de santé liées à la fin de vie) et « recommander l’euthanasie ou le suicide assisté. » (2)
Très jeune, j'étais pour l'euthanasie. Jusqu'au jour où lors d'un stage en réanimation, j'ai évolué. Une personne agée de 72
ans, semblant au bout du rouleau, demanda avec sérieux, de la faire mourir. Elle avait bien réfléchi, elle en avait discuté avec sa fille et était en pleine possession
de ses moyens, elle souffrait tant, n'entrevoyant aucun espoir de guérison. Les médecins l'écoutèrent avec grande attention et respect, et agirent en conséquence pour la soulager le
mieux qu'il était possible. Le lendemain matin, toujours très malade certes, quand le soleil entra dans son box, elle était plus sereine, elle dit à l'équipe qui s'occupait d'elle ce
matin-là: " Docteur, heureusement que vous ne m'avez pas écouté hier ! Ces rayons de soleil, ce jour qui sera peut être le dernier, sont bons à prendre!". J'ai toujours en mémoire son
visage calme et reposé, marqué par la maladie, oui mais quiet. Je sais , beaucoup de personnes racontent des fins de vie effroyables, des situations très difficiles de fin de vie. Je suis
intimement convaincue que la plupart des praticiens sont des bons soignants et ne pratiquent pas l'acharnement thérapeutiques, ne laissent pas souffrir les personnes..
La loi du 4 mars 2002 rappelle les principes qu'ils appliquent : "Toute personne a le droit
de recevoir des soins visant à soulager sa douleur. Celle-ci doit être en toute circonstance prévenue, évaluée, prise en compte et traitée. Les professionnels de santé mettent en oeuvre tous les
moyens à leur disposition pour assurer à chacun une vie digne jusqu'à la mort." La loi du 22 avril 2005 , précisée par le décret n° 2006-122 du 6 février 2006, prévoit un dispositif
complémentaire en matière de soins palliatifs. La loi Leonetti est bien faite. Contre l'acharnement thérapeutique, il existe aussi la LATA limitation des actes thérapeutiques actifs (3).
J'ai beaucoup lu Elisabeth Kübler-Ross, Marie de Hennezel.. Je suis certaine que si la personne veut mourir, si les vivants la
laissent partir sereinement, si le mourant a fait le deuil de sa vie, il meurt dans la paix et la sérénité. Je suis toujours très choquée lorsque j'entends des familles se lamenter que leur
parent n'est pas encore mort, lorsqu'ils demandent avec anxiété "Quand va -t -il mourir Docteur?" .. Je sais, c'est dur de voir s'éteindre une personne aimée, nous ne sommes pas prêts à
accompagner nos êtres chers, nous ne sommes pas prêts à faire le passage, nous n'avons pas appris. Il y a des cours de préparation à la naissance mais pas de cours de préparation à la
mort. . La mort est tabou, elle doit être cachée.. Je suis aussi touchée par le nombre de personnes qui meurent à l'hopital.. Dans beaucoup de familles, cela ne se fait pas de mourir
chez soi, ils ont peur.. J'aimerais mourir chez moi, dans mes murs, avec ma famille, avec le soleil et la lumière, un coin de ciel à regarder....et le Requiem de Mozart en fond musical
(4). Pour moi, ce serait cela mourir dans la décence..
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